24/04/2005

Lire Christian Bobin...

Certaines littératures nous égarent, d’autres nous guident…

 

Cette phrase, trouvée dans une préface de Christian Bobin,  résume à elle seule ce que les textes de ce dernier peuvent apporter à leurs lecteurs.

 

Les livres agréables ne manquent certes pas, et nombreux sont ceux qui donnent matière à réfléchir. Mais force est d’admettre que lorsque ces derniers referment leurs couvertures déjà ridées, nous voilà vite catapultés dans la réalité sensible. Déjà le livre aimé n’est plus qu’un objet, une tranche dans la bibliothèque que l’on n’ouvrira plus jamais, ou peut-être pour chercher le magnifique signet qu’on avait recu en cadeau il y a 10 ans de cela. Finalement, tout au plus, on aura été diverti.

 

Heureusement il y a des miracles. Et Christian Bobin semble en sceller trois dans chaque phrase. A tel point qu’il semble difficile de lire un de ses livres d’une traite : on risquerait l’indigestion d’âme. La plupart du temps, on picore une phrase, on ressent un coup de poing juste en dessous de la poitrine, et l’on reste là, les yeux écarquillés, à contempler le vide qui semble soudain l’image même de la plénitude. Puis on replonge – parfois on doit attendre le lendemain  - mais déjà on ne veut plus lire, on cherche à se nourrir. Déjà on respire mieux. On se sent plus intelligent. On y voit mieux, parce que quoi qu’il dise, Christian Bobin n’est jamais hors-la-vie.

 

Comment expliquer cette alchimie ? Par la vie de l’auteur ? Difficilement : il l’avoue lui-même en parlant de son village dans le Creusot :  « Il y a 50 mètres entre le lieu où je suis né et celui où j’écris ». De la même manière, il dit avoir « la feuille blanche pour tout pays » et avoue « avoir contemplé la vie plus qu’il n’a vécu »…

 

Seulement voilà : cet homme-là est capable d’observer un oiseau par la fenêtre et d’y voir l’âme du monde. Et par son écriture il nous en fait le don à son tour. Si sa poésie est permanente et lumineuse, elle est avant tout dans le regard qu’il porte sur la vie. Il parle de ce qui nous entoure et que nous ne savons plus voir. Et il pousse même le miracle, du fond de sa chambrette sombre et solitaire, de nous parler de l’amour et des autres avec une sagesse confondante… Christian Bobin c’est du réenchantement.

 

Je ne peux en dire plus. On ne bavarde pas sur Bobin. On l’écoute, et on le vit…

 

« Je ne me suis jamais trop mêlé des affaires du monde… J’avais un monde du dedans. J’étais captif du bleu incroyable des hortensias de la cour de mon enfance, de ce bleu comme à demi lavé par la pluie… J’étais très solitaire, plus familier des enfants que je fréquentais dans les livres que de ceux que je voyais dans la rue… Les autres enfants s’accomodaient de la surface des choses avec une gaieté brutale »

 

« Je n’y peux rien si, le parchemin magnifique qu’on nous donne à la naissance, certains s’en servent pour envelopper leurs sandwichs ou pour écrire des textes qui dénigrent la vie. »

 

« Un mur couvert de mousse, c’est comme un grimoire. »

 

« Le soleil panse les plaies invisibles : j’aimerais faire pareil en écrivant ».

 

« L’intelligence cherche toujours quelques chose à aimer, et le but est de devenir à soi-même comme le ciel étoilé. »

 

« J’ai mis quelques rose de jardin sur la table de la cuisine : on pourrait construire un couvent autour d’elles, tellement elles sont belles, et oublier les croix. »

 

Ces extraits sont tirés, de « la lumière du monde », paru en poche, Folio n° 3810. Sont également parus en poche, entre autres, « l’enchantement simple », « geai », « la femme à venir », « autoportrait au radiateur », « la plus que vive » et bien d’autres…


19:08 Écrit par Benoit | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

14/04/2005

de la passion...

Qu'on arrête de me faire rire avec cette histoire de passion. Ca veut dire quoi? Serait-ce la petite part d'absolu que réclame notre âme, encore et toujours? Cette petite zone ou l'on peut enfin tout donner sans contrainte? Arretez ca tout de suite.
Parce que sinon on va finir par parler des rêves d'enfant. Voilà bien une expression vidée de tout sens. Ca rime à quoi un rêve d'enfant, quand on entend ce terme tous les jours à la télé? Il suffit qu'un quelconque o.g.m. se décide à devenir star de la chanson pour qu'à un moment donné ou à un autre il nous déclare d'un air fier et entendu : c'est un rêve d'enfant qui se réalise...
 
Je me dis parfois qu'on est prêts à s'inventer des passions sous peine d'être taxé de fadeur. Ainsi on se prétend passionné par son métier, alors qu'on le lâcherait immédiatement si par bonheur on avait plus besoin d'un salaire. Puis on rentre chez soi et on s'enferme dans un grenier ou un bureau, on gratte sur une guitare  ou on construit des petites voitures, parce que c'est plus facile que de regarder sa femme dans les yeux et de se remettre en question. Surtout quand la dame en question est elle même à l'étage, bien occupée à se vider l'esprit devant les roucoulades d'un adolescent qui poursuit ses rêves d'enfant sur petit écran.
 
Alors on se passionne.
Pour une bricole.
Pour une autre.
Pour un chemin de traverse.
Une fuite.
Et on ne se regarde pas dans les yeux.
On oublie la tendresse des jours.
Le vrai courage, celui de la patience, de l'équilibre.
C'est trop facile la passion de la lâcheté.
 
Pourtant si je veux que vous me regardiez comme une chose digne d'intérêt il va bien falloir que je vous parle d'un feu quelconque. L'écriture? Oh oui, c'est certain, j'aime ca... j'écris pourtant si peu... mais aussi merveilleux soient pour moi les chemins des mots, ils ne passeront jamais avant les gens que j'aime.
 
La voilà ma passion  : rester disponible pour les gens que j'aime. Etre là. Les regarder dans les yeux. Même quand ils souffrent. Surtout.
 
Je crois même (vous pouvez vous moquer) que je rêvais déjà de ça, enfant...
 
J'ai pas fini d'essayer d'écrire mon humanité avec un grand H...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

19:34 Écrit par Benoit | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

07/04/2005

quitter le paradis...

C'etait juste une plaine de jeux pour enfants...
 
Le ciel était trop gris, trop bas, ses petits cailloux ronds étaient désertés de toute présence. Tobbogans, balancoires, aventures miniatures : de toutes ses couleurs, c'était un paradis en suspend...
 
Assis sur la balustrade était un ange aux ailes repliées. Il les avait camouflées sous un long manteau brun, mais elles étaient bien là, je le savais.
 
Je contemplais l'absence, le silence de cette fin d'apres-midi.
 
Je j'osais pas rentrer dans ce lieu saint. Ce n'était pas pour moi. Moi j'etais de l'autre côté, en enfer, et un ange était perché sur la limite, comme pour mieux la dessiner...
 
J'aurais voulu veiller des nuits entières.
Veiller comme protéger.
Ecouter vos souffles.
Regarder la nuit s'illuminer de ton ventre de lune.
Puis venir au monde.
Choisir un prénom enlumminé d'ailes.
Venir au monde.
 
Quelques gouttes de pluie ont tenté de laver l'instant.
Une pie s'est perchée sur un cerisier.
 
J'ai quitté la limite.
J'ai senti mes ailes craquer comme des genoux de vieux.
J'aurais voulu veiller.
Veiller comme protéger.
 
C'est con un homme.
 
 

21:45 Écrit par Benoit | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/04/2005

voir pour la première fois

Je ne me sens moi-même et réellement au monde que lorsque je suis émerveillé...
 
C'est si simple lorsqu'on est enfant : on voit tout pour la première fois. Mais très vite, et dès le plus jeune âge, le temps nous gratte la peau de son couteau rouillé, et on perd déjà une part de son enfance le jour où l'on dit, d'un air blasé : "je sais... je connais..."
 
Alors on devient adulte et l'on sait tant de choses... on connaît tout. Ou du moins on joue à le croire, à l'heure où nos premières lâchetés érodent nos rêves anciens...
 
Vient pourtant un jour où le manque devient évident... L'âme usée par la banalité, on se met en quête de quelque chose d'indéfini, d'une étincelle que l'on pourra regarder comme au premier jour...
 
N'est-ce pas pour cela que l'on repousse les limites de nos voyages, de nos horizons, de nos paysages?
 
N'est pas pour cela aussi que l'on veut découvrir de nouvelles sensations, de nouvelles émotions, jusqu'à risquer nos contraires?
 
C'est sans doute pour cela enfin qu'on se surprend à chercher un jour un autre regard, une autre peau...
 
Heureusement il reste les saisons.
Les fleurs de printemps, le déroulement des bruyères et les premières neiges.
 
Puissiez vous les voir à jamais comme à la première fois...
 

10:15 Écrit par Benoit | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

04/04/2005

Ta chevelure...

Qu’il est difficile d’écrire sur ta chevelure, tant elle est l’endroit parfait où mes mots voudraient se perdre. Je l’ai si souvent suivie, au gré des rues fatiguées et des lampadaires blafards… J’ai si souvent rêvé d’y enfouir mon regard et mon front brûlant, d’en respirer les parfums troubles, puis d’y revenir encore et encore comme l’oiseau retourne à son nid. J’ai si souvent soupiré en imaginant mes doigts serpentant lentement entre tes longs cheveux, les démêlant comme pour en tirer le fil clair de tes pensées. Je voudrais tant les coiffer doucement, assis au bord d’un puits, par un de ces printemps dont toi seule à le secret, tant il me semble que c’est là une bien douce manière d’aimer…

 

Si par hasard, au gré de tes promenades dans la forêt que j’ai rêvé pour toi, tu croisais un papillon blanc, je voudrais que tu le suives. Il t’emmènerait dans des recoins de lumière que tu ne soupçonnais pas. Il voltigerait, te faisant sautiller jusqu’à t’arracher un rire dont il boirait le nectar. Il se poserait sur une écorce juste pour enchanter ton regard. Puis il t’attirerait très certainement dans une grotte où personne ne peut se rendre s’il ne l’a décidé. Tu t’enfoncerais dans la montagne, dans la terre, sans le quitter des yeux. Tu te poserais enfin au bord d’un petit lac perdu au cœur de la roche. Là, vous ne seriez plus seuls. Ils seraient des centaines comme lui, venant doucement caresser ta joue, se posant sur tes atours pour t’inventer une robe d’ailes battantes…

Bien sûr, à un moment où à un autre, tu seras tentée de regarder au fond de l’eau. Tu t’émerveilleras des reflets des papillons sur la surface calme et lisse.

Des reflets ?

Regarde mieux : rien ne correspond.

Ce sont d’autres papillons.

Là, en dessous.

Regarde le paysage, là, tout en bas…

Et fais moi la grâce d’un sourire.

Car te voilà au cœur de mon âme.

Et puis les Papillons parfois, passent d’un monde à l’autre…

 

Tu sais, quand sera venu le moment de partir, l’un deux se posera…dans ta chevelure…

Tu pourras le garder à jamais…

Aux yeux du monde il sera un bijou de nacre et de perle.

Mais toi tu sauras sa vie et ses envolées.

Tu sauras ma présence, là où je me rêve.

 

Et si tu le veux bien, je t’envolerai à ton tour. Une balançoire nous suffira. Je te pousserai  jusqu’aux nuages, et je regarderai, les yeux embués, le sillage de ta chevelure dessiné dans le ciel.

 

Ta chevelure de comète où rêve en papillon endormi…


13:04 Écrit par Benoit | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

01/04/2005

Souvenir...

Moi, le jour du poisson, j'ai des problèmes de mémoire.
Je ne me souviens de rien.
Ou plus exactement de trois fois rien.
 
Alors :
 
Je me souviens du bruit de mes chaussures dans les feuilles mortes, l'automne passé... Les trottoirs étaient aussi feuillus que les arbres un mois plus tôt. Je fuyais les pavés gris, je voulais le tapis, les crissements, l'envol un peu sec mais toujours vif des rousseurs perdues... C'était un bruit de douce déchirure...
 
Je me souviens des pas d'oiseaux dans la neige. Le ciel était pourtant clair et sans ailes. Une heure après l'histoire était une flaque. Je ne suis pas resté pour le voir. Je ne sais pas où vont les bonhommes de neige. A l'océan. Au ciel. Je ne sais pas...
 
Je me souviens de ce sourire, glané dans la rue. Un sourire d'inconnue. Une reconnaissance pudique, incomprise et complice. J'aurais peut-être du dire quelque chose...
 
Trois fois rien, dans le fond, c'est pas rien.
Voila.
C'est tout.
 
 

22:35 Écrit par Benoit | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |